L’essentiel
Le bakhoor (de l’arabe bukhur, encens) est une forme traditionnelle d’encens parfumé arabe, sous forme de copeaux de bois (oud ou santal) imprégnés d’huiles aromatiques (rose, ambre, musc) puis pressés en pellets ou bâtonnets. Il se consume à basse température sur charbon dans un brasero (mabkhara), libérant lentement ses arômes par fumigation.
Le bakhoor sert traditionnellement à parfumer les vêtements avant leur port, les habitations avant l’accueil d’invités (marqueur fondamental de l’hospitalité arabe), et à marquer les occasions sociales (mariages, fêtes religieuses). Plusieurs maisons niche occidentales (Amouage, Maison Crivelli, Ensar Oud) commercialisent désormais du bakhoor authentique.
Composition et fabrication
Le bakhoor est une forme traditionnelle d'encens parfumé du monde arabo-musulman, composée de copeaux de bois (oud, bois d'agar ou santal) imprégnés d'huiles aromatiques (rose, ambre gris, musc, safran), parfois liés avec une résine ou du miel, puis pressés en pellets, briquettes ou bâtonnets. La fabrication artisanale requiert plusieurs cycles d'imprégnation pour saturer le bois et garantir une combustion régulière (Amouage, accessed 2026-05-30).
Le rapport coût et qualité dépend strictement de la base d'oud utilisée. Un bakhoor à base de bois Aquilaria malaccensis hindien dépasse 200 à 400 euros les 50 grammes chez les artisans omanais, tandis que les compositions à base de bois de santal Mysore reformulés post-CITES 2005 oscillent entre 40 et 90 euros (Ensar Oud, accessed 2026-05-30).
La combustion sur charbon
L'usage se fait sur un brasero de céramique ou de cuivre appelé mabkhara, dans lequel un charbon ardent est posé au fond, surmonté d'une grille recevant le bakhoor. La combustion lente et indirecte, à basse température entre 200 et 250 degrés, libère une fumée dense pendant vingt à trente minutes, sans embraser le bois (Sultan Pasha Attars, accessed 2026-05-30).
Cette fumigation à mi-chemin entre l'encens et le parfum « fume » progressivement le bois. Le charbon doit être 100 % naturel, jamais autocombustible chimique : les charbons à base de salpêtre dénaturent immédiatement les arômes en libérant des composés soufrés qui couvrent les notes nobles.
Rituel d'hospitalité du Golfe arabe
Dans la tradition arabe, le bakhoor structure le rituel de l'hospitalité. On l'allume avant l'arrivée des invités pour parfumer la majlis, on tend ensuite la mabkhara à chaque convive pour qu'il parfume ses vêtements et ses cheveux (Now Smell This, accessed 2026-05-30).
Aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, à Oman et au Qatar, ce geste accompagne le café arabe et les dattes, et marque les fêtes religieuses comme l'Aïd al-Fitr et l'Aïd al-Adha. Il sert aussi à parfumer durablement les abayas, ghutras et tapis, dont la fibre épaisse retient la fumée pendant plusieurs jours, voire semaines selon l'épaisseur du tissu.
Place dans la parfumerie de niche
La parfumerie de niche occidentale s'est saisie du format depuis les années 2000. Amouage à Mascate, Oman commercialise plusieurs gammes de bakhoor sous sa division Library Collection. Des maisons indépendantes comme Ensar Oud (États-Unis) et Sultan Pasha Attars (Royaume-Uni) proposent des compositions associant oud sauvage et matières précieuses, vendues entre 80 et 600 euros les 12 grammes (Basenotes, accessed 2026-05-30).
Fait surprenant : Maison Crivelli, fondée à Paris, France en 2018 par Thibaud Crivelli, ne commercialise pas de bakhoor au sens strict mais s'inspire de la fumigation pour ses compositions inspirées du Golfe arabe. La frontière entre encens-matière et parfum-fumigation reste poreuse chez les compositeurs niches occidentaux.
Conservation et acquisition
Le bakhoor reste artisanal et fragile. Il se conserve dans un récipient étanche, en métal ou en verre opaque, à l'abri de la chaleur, de la lumière et de l'humidité, sous peine de perdre rapidement son arôme. La fenêtre de fraîcheur optimale ne dépasse pas dix-huit à vingt-quatre mois après mise sous emballage (Parfumo, accessed 2026-05-30).
L'acquisition de bakhoor authentique en Europe passe par les boutiques niche spécialisées ou les revendeurs directs des maisons omanaises et émiraties. Les souks de Dubaï, Mascate et Doha restent les sources de référence pour les amateurs cherchant des compositions hors catalogue occidental, avec un risque de contrefaçon non négligeable au-delà des marques institutionnelles.