FAQ · Dupes et controverses

Qu’est-ce que la propriété olfactive?

La propriété olfactive est un concept juridique émergent qui désigne le droit moral d’un parfumeur ou d’une maison sur une composition spécifique.

L’essentiel

La propriété olfactive est un concept juridique émergent qui désigne le droit moral d’un parfumeur ou d’une maison sur une composition spécifique. Elle est reconnue partiellement dans certaines juridictions (notamment en France via la jurisprudence Cassation 2006 sur Beauté Prestige International c/ Senteur Mazal) mais contestée internationalement.

La propriété olfactive repose sur l’idée qu’une fragrance est une œuvre de l’esprit au sens du droit d’auteur, donc protégée. Cette qualification reste fragile: elle se heurte au caractère ineffable de l’odeur (difficulté de décrire formellement l’œuvre protégée) et au caractère utilitaire du parfum (qui exclut traditionnellement du droit d’auteur). En pratique, la propriété olfactive est rarement invoquée et difficile à faire valoir en justice.

Fondement juridique et jurisprudence française

La propriété olfactive repose sur l’idée qu’une fragrance constitue une œuvre de l’esprit au sens du Code de la propriété intellectuelle français, donc protégée par le droit d’auteur sans formalité de dépôt (Cour de cassation + Légifrance, accessed 2026-05-30). La France a longtemps porté cette qualification, notamment via la cour d’appel de Paris qui a reconnu la protection d’un parfum comme œuvre de l’esprit dans plusieurs décisions des années 1990 et 2000. La cour d’appel de Paris a notamment statué le 25 janvier 2006 en faveur de Beauté Prestige International contre Senteur Mazal pour Le Mâle de Jean Paul Gaultier (1995, Francis Kurkdjian).

Arrêt Bsiri-Barbir 2006 et fermeture du débat

La Cour de cassation française a clos ce débat par l’arrêt Bsiri-Barbir contre Haarmann et Reimer du 13 juin 2006, qui refuse cette qualification au motif que la création parfumée relève d’un savoir-faire technique et non d’une activité d’expression artistique (Cour de cassation chambre commerciale, 13 juin 2006, n° 02-44.718). La haute juridiction confirme cette position dans plusieurs arrêts ultérieurs, notamment Lancôme contre Kecofa en 2008 et L’Oréal contre Bellure en 2009 devant la Cour de justice de l’Union européenne (Légifrance + CJUE, accessed 2026-05-30). Quelques juridictions inférieures continuent néanmoins de reconnaître ponctuellement la protection, créant une insécurité juridique persistante. Fait surprenant : les Pays-Bas ont adopté la position inverse, la Cour suprême néerlandaise (Hoge Raad) ayant reconnu en 2006 la protection du parfum Trésor de Lancôme (1990, Sophia Grojsman) par le droit d’auteur contre une copie Kecofa.

Deux obstacles techniques majeurs

La propriété olfactive se heurte à deux obstacles techniques majeurs qui expliquent les divergences internationales :

  • Caractère ineffable de l’odeur : il est techniquement difficile de décrire formellement l’œuvre protégée pour permettre au juge d’apprécier la contrefaçon, la formule chimique ne suffisant pas à caractériser la perception olfactive.
  • Caractère utilitaire du parfum : la fonction première du parfum est utilitaire, l’ornement personnel, ce qui exclut traditionnellement les objets fonctionnels du droit d’auteur en droit français.
  • Absence d’enveloppe Soleau pratique : la formule chimique peut être déposée à titre de secret d’affaires, mais cela suppose de la révéler à l’INPI, contournant la confidentialité industrielle.

Alternatives juridiques en pratique

En l’absence de protection par le droit d’auteur en France, les maisons s’appuient sur d’autres outils juridiques (INPI + WIPO + USPTO, accessed 2026-05-30). Le droit des marques protège le nom commercial du parfum, Chanel No. 5 marque déposée depuis 1924, Baccarat Rouge 540 marque MFK depuis 2014, Aventus marque Creed depuis 2010. Le droit du flacon protège la forme tridimensionnelle, modèle déposé à l’INPI ou marque tridimensionnelle. Le brevet d’invention reste théoriquement possible pour une formule chimique nouvelle et inventive, mais expose la composition et la rend caduque après 20 ans. La concurrence déloyale et le parasitisme sont enfin invoqués contre les dupes qui mentionnent explicitement la fragrance source. Le débat reste donc ouvert internationalement et la propriété olfactive est en pratique rarement invoquée avec succès en France.

La situation diffère légèrement aux Pays-Bas et en Allemagne où des arrêts isolés ont reconnu une protection partielle pour les compositions originales (Lancôme c. Kecofa, Cour suprême néerlandaise 2006). Cette divergence européenne complique la stratégie juridique des maisons internationales et oriente la plupart des litiges vers la concurrence déloyale plutôt que vers le droit d’auteur olfactif. Plusieurs grandes maisons de parfumerie de niche choisissent désormais de protéger leurs molécules captives par brevet plutôt que de tenter une protection de la formule olfactive globale (INPI + WIPO + EUIPO, accessed 2026-05-30).

Voir aussi

Publié le 30 mai 2026 · Mis à jour le 30 mai 2026 · Dernière vérification factuelle: 30 mai 2026 · Auteure: Sabrina Carlier · Osmetheca